Ecouter un éminent penseur, scientifique et philosophe parler de l’optimisme avec une telle aisance peut renvoyer à une image négative de soi : que suis-je petite, infime et disons-le stupide comparée à ce grand homme. Quelle finesse d’expression, quelle amplitude de la réflexion et quelle fluidité dans ses paroles qui nous mènent de la biologie à la sociologie sans qu’on ne s’en rende compte, du bout des lèvres et en ayant tout dit.
La magie la plus frappante est la mise en pratique de ses théories. Prenons par exemple celle de réfléchir, de remettre en question ce que l’on sait. Ce qui m’a frappé c’est la manière dont les termes communs qu’il utilise on été détourné pour endosser une nouvelle définition, qui, a la lumière de sa pensée, prend une nouvelle dimension et s’agence en toute logique dans le flot de son discours.
Il commence son oraison par ces paroles toutes simples : de la simplicité naît le complexe, et c’est cela le propre de la vie. S’arrêtant là nous pourrions rester pessimistes, nous qui sommes gouverné par des pensées cartésiennes et scientifiques dont le but est de réduire le complexe, de simplifier en créant des cases, des étiquettes, des tiroirs, des causalités. De fait, si tout est complexe rien ne peut être simple. De surcroît, des choses simples créées, par accident ou rencontre, des choses complexes, quand se dernier ne s’auto créé pas de lui-même.
On aurait beau simplifier que ce satané complexe ferait surface à nouveau. N’est-ce pas plus simple de s’émerveiller du complexe, d’en être fier, nous qui sommes sans doute la preuve la plus évoluée de la performance issues de la complexité.
Nous sommes une anomalie raconte Albert Jacquard. Notre cerveau a continué à se développer alors que nous étions dans le ventre de nos mères, nous rendant « inaccouchables » parce qu’ayant une boite crânienne bien trop grosse, des neurones bien trop nombreux (des centaines de milliards là où nos cousins les singes s’arrêtes à quelque dizaines). Puis, en toute simplicité, nos mères ont trouvé la solution d’accoucher plus tôt que le terme. Et là une seconde anomalie s’enclenche. Le nombre de connexions que notre cerveau effectue est incessant. Pour résumer un calcul renfermant bien trop de « 0 », un enfant effectue deux millions de connexions par seconde de 0 à 15 ans ! Il s’agit de la plus grande complexité que l’on connaisse !
Dominique Genelot, dans son livre « manager dans la complexité », appelle complexe un phénomène qu’on n’arrive pas à comprendre et à maîtriser dans sa totalité. Quoi de plus pessimiste, nous qui souhaitons tout contrôler dans notre vie, surtout celle des autres.
Toutefois, Albert Jacquard nous confie son optimisme en expliquant que ce qui fait quelqu’un c’est le nombre de connexions qu’il peut nouer, affirmant de surcroît que le surhomme existe, c’est un groupe d’homme. De fait, plusieurs cerveaux connectés peuvent atteindre une performance inégalée et inégalable. Le tout est de faciliter les connexions, les relations.
Ce que le système éducatif ne semble pas permettre, se basant sur le paradigme de la performance et de la compétition où ma position de gagnant n’existe que si j’écrase les autres. Ce qui a de quoi rendre tout un chacun pessimiste de ne pas avoir atteint cette position tant valorisée de premier. Alors qu’il serait nettement plus optimiste et simple de baser la compétition par rapport à soi, surtout d’utiliser l’existence d’un meilleur que soi comme tremplin, comme invitation à mieux faire, confondant compétition à l’émulation.
Selon Albert Jacquard, l’optimisme ou le pessimisme ne sont que des visions différentes du temps, de l’avenir. Pour les premiers, l’avenir sera clément, pour les seconds, il sera une catastrophe. Or, si on y regarde de plus près, le temps n’existe pas. L’avenir n’existe pas, il s’agit d’une projection. Le temps n’a ni origine ni futur, il ne peut être mesuré parce qu’il in indiciblement lié au nombre de choses qu’on traverse. St Augustin disait « s’il ne s’est rien passé, le temps n’est pas passé ». Pour que le temps se déroule, il faut des événements. Il n’y a donc pas de début, seulement un événement qui créé le temps.
L’être humain accepte toutefois la notion de temps selon l’idée qu’il y aura un présent futur et que les actions d’aujourd’hui affectent le présent futur. On peut donc manipuler le temps. L’avenir n’existe sans doute pas mais on peut l’anticiper : demain sera transformé par nos actions d’aujourd’hui.
L’avenir optimiste nous dit Jacquard, est que nous sommes capable de faire mieux qu’aujourd’hui. Et là où sont discours optimiste prend tout son sens, c’est lorsqu’il invite à espérer le bonheur d’être avec l’autre pour former un surhomme capable de grandes performances, d’être solidaire et de lutter contre les ennemis communs que sont les virus et autres maladies plutôt que de chercher à être supérieur les uns aux autres. Comme disait un élève d’une école qui prône la solidarité « mieux vaut une réussite solidaire qu’un exploit solitaire ».
Cette vision quoique pessimiste de prime abord vu notre environnement braqué sur la compétition, la destruction de l’autre et la compétition, est d’un profond optimisme. N’est-il pas plus facile d’être solidaire que d’entrer en compétition ? Fini ces doutes, ces tortures internes pour devenir ce que nous ne sommes pas, se détruire et détruire l’autre. Enfin nous pouvons lâcher prise et entrer en contact pour libérer tout notre potentiel. Ce qui confirme la théorie systémique que 1+1 = 3.
Pour être optimiste, la seule chose à faire est d’être lucide sur ce que nous sommes (des êtres complexes doués d’une performance incroyable lorsque nous sommes solidaires) et sur les moyens qu’on a à notre disposition. A cela, s’ajoute la volonté à changer, à faire mieux. Là réside sans doute une difficulté qui implique de sortir de son cadre de référence. Mais si ce faisant nous sommes récompensé et non réprimé, la volonté ne serait-elle pas davantage disposée à s’exprimée ?
Si nous choisissons tous d’intégrer un système où la relation à l’autre prime sur la compétition, où l’émulation est le moteur, alors la liberté, la vraie, peut se manifester. Moins nous possédons d’information sur quelqu’un, moins nous l’enfermons dans des catégories et plus cette personne est libre d’être elle-même. N’est-ce pas ce que nous cherchons tous ?
Et cette vision commence par la distinction entre notre être (qui je suis) et nos actes. Je ne suis pas bon ou mauvais, mais je peux avoir des comportements bons ou mauvais tout en restant une personne exceptionnelle aux multiples connexions qui font ma complexité et ma particularité.
Nous sommes tous des gagnants contre nous-mêmes, nous pouvons tous faire mieux que nous même et nous sommes les seuls à pouvoir en juger au mieux. Si quelqu’un fait mieux que moi, je le remercie parce qu’il m’invite à me développer, à faire mieux. N’est-ce pas foncièrement optimiste et libératoire ?