Le nez dans le guidon, mu par des rêves et des attentes, nous sommes souvent frustré parce que les choses ne vont pas comme nous le souhaitons.
Et ce mécanisme fonctionne à l’avenant. Les embouteillages, un enfant malade, la pluie, un changement dans la conduite d’un projet….sont autant de choses qui peuvent nous fâcher.
On se juge, exhultant “c’est pas vrai, y a qu’à moi que ça arrive”, “comment je vais faire maintenant?”…. Si ce n’est pas quequ’un de notre entourage qui nous sabote par un “vraiment, t’es nul” ou “comment tu fais pour toujours ….”.
Bref, le résultat est pessimiste. Or, tous ces contretemps font parti de la vie. S’il y a bien une certitude sur terre, c’est que rien ne fonctionne comme prévu, tout est soumis aux aléas de la vie. La vie est issue de la complexité, ce qui est un énorme avantage, mais c’est aussi ce qui la rend foncièrement aléatoire. Tout bouge et alors qu’il serait plus fructueux de suivre le mouvement, on se fige, on se raidit et on éructe.
Lao Tseu a utilsé une métaphore bien jolie pour expliquer combien le jugement est inutile, stérile et figé. Adopter une attitude en phase avec les fluctuations de la vie, dans le sens du courant est nettement plus fructueuse.
L’idée majeure est que derrière chaque contretemps ou frustration se cache en réalité une énorme opportunité. Pour la déceler, il est nécessaire de s’ancrer dans le présent, de ne pas regarder avec les yeux d’hier, ni d’anticiper le futur.
Voici cette très belle histoire du cheval blanc:
“Il y avait dans un village, un vieil homme qui était très pauvres, mais les rois eux-mêmes le jamousaient car il possédait un magnifique cheval blanc. Ils lui offraient des sommes fabuleuses pour ce cheval, mais l’homme refusait à chaque fois: “ce cheval n’est pas un cheval pour moi, c’est une personne. Et comment pouvez-vous vendre une personne, un ami?” Il était pauvre, mais jamais il ne vendit son beau cheval.
Un matin, il s’aperçut que le cheval n’était pas dans son écurie. Tous les villageois se rassemblèrent et s’exclamèrent: “pauvre fou de vieillard! Nous savions qu’un jour ce cheval serait volé. Il aurait mieux valu le vendre. Quel malheur!”
Le vieillard répondit “N’allez pas si loin. Dites simplement que le cheval n’est pas dans l’écurie. Ceci est un fait, tout le reste est un jugement. Je ne sais si c’est un malheur ou une bénédiction, car ce n’est qu’un fragment. Qui sait ce qui va suivre?”
Les gens se moquaient de lui, en fait ils avaient toujours pensé qu’il était un peu fou. Mais quinze jours après, soudain, une nuit, le cheval revint. Il n’avait pas été volé, il s’était simplement échappé. Et il ramenait avec lui une douzaine de chevaux sauvages!
Les gens s’assemblèrent à nouveau: “vieil homme, tu avais raison, dirent-ils, ce n’était pas un malheur. En réalité cela s’est avéré être une bénédiction.”
Le vieillard répondit: “De nouveau, vous allez trop loin. Dites simplement que le cheval est de retour. Qui sait si c’est une bénédiction ou non? Ce n’est qu’un fragment. Vous lisez un seul mot dans une phrase – comment pouvez-vous juger du livre tout entier?”
Cette fois, ils ne purent ajouter grand-chose, mais en eux-mêmes ils savaient qu’il avait tort. Douze magnifique chevaux étaient arrivés!
Le vieil homme avait un fils unique qui commença à dresser les chevaux sauvages. A peine une semaine plus tard, il tomba de cheval et se brisa les jambes. A nouveau les gens se réunirent et, à nouveau, ils jugèrent. “Tu avais encore raison, c’était un malheur! dirent-ils. Ton fils unique à perdu l’usade de ses jambes, et il était le seul soutien de ta vieillesse. Maintenant, te voilà plus pauvre que jamais!”
“Vous êtes obsédés par le jugement, répondit le vieil homme. N’allez pas si loin. Dites seulement que mon fils s’est brisé les jambes. Personne ne sait si c’est un malheur ou une bénédiction. La vie vient par fragment et vous ne pouvez tout connaître à l’avance.”
Quelques semaines plus tard, il advint que le pays entra en guerre et tous les jeunes gens de la ville furent réquisitionnés de force par l’armée. Seul le fils du vieil homme ne fut pas pris, car il était infirme. La ville entière se lamentait et pleurait: c’était une guerre perdue d’avance et tous savaient que la plupart des jeunes gens ne reviendraient jamais. Ils se rendirent auprès du vieil homme: “Tu avais raison, reconnurent-ils, cet accident s’est avéré être une bénédiction pour toi. Il se peut que ton fils soit infirme, mais il est encore avec toi. Nos fils sont partis pour toujours.”
Le viel homme dit encore: “vous continuez à juger sans cesse. Personne ne sait! Bornez-vous à dire que vos fils ont été contraints d’entrer à l’armée et que mon fils ne l’a pas été. Seul Dieu, le Tout, sait s’il s’agit d’une bénédiction ou d’un malheur.”
Ne jugez pas, sinon vous ne connaîtrez jamais le Tout. Vous serez obsédés par des fragments, et à partir de petits détails vous vous hâterez de conclure. Dès que vous jugez, vous cessez de croître. Le jugement vient d’un état d’esprit desséché, statique. Et le mental ne cesse de juger, car le fait d’être en mouvement est toujours hasardeux et inconfortable.
En fait, le voyage ne s’arrête jamais. Un chemin se termine, un autre commence; une porte se ferme, une autre s’ouvre. Vous atteignez un sommet, un plus haut sommet apparaît toujours. Seuls ceux qui sont assez courageux pour ne pas se soucier du but, ceux qui sont heureux du voyage, content de vivre l’instant et de croître à travers lui, ceux-là seuls sont capables de marcher avec le TOUT.”